Blandine l’irrésistible
Episode 11
« Tout le plaisir a été pour nous »
Les amis, dès notre plus tendre enfance on s’en crée, parfois imaginaire et très vite bien en chair. C’est à la fois une joie et un calvaire pour nos
parents durant toute cette période de Saint Innocence. Mais comme le bien, le mal, le blanc et le noir, qui dit ami, dit ennemi. Ce n’est pas qu’on ne les aime pas, mais rien que le fait de
les entendre nous agace et nous provoque de l’urticaire. Certains pensent : connais tes ennemis pour cerner tes amis. Moi je connais quelqu’un qui ce soir en a de la chance, elle va avoir
beaucoup de temps pour mieux connaître celle qu’elle supporte le moins parmi toutes celles sur Terre, elle nous donnera la réponse…si sa en vaut le coup.
Dans une obscurité totale on entend soudain un « Aïe ! Qui a laissé cette chaise ici ?
-C’est toi Blandine ? Demande une petite voix fluette et mal assurée.
-Qui veux-tu que ça soit, il n’y a personne d’autre ici. Réfléchis un peu même si c’est dur. Bon j’ai vérifié les issues de secours, fermées ! Preuve que ce sont de bonnes issues de
secours. Il en va de même pour l’accès aux salles les plus « intéressantes », genre le bureau de Bigtoss. J’ai pas réussi à trouver le compteur, toute façon je sais à peine changer une ampoule
donc rétablir le courant n’en parlons pas. En tout cas le système de sécurité fonctionne à merveille tout est blindé, sécurisé, informatisé, numérisé bref tous les trucs en « -sé » et moi je suis
épuisée. J’ai plus d’idée. Portable… batterie vide et toi t’as pas le tien évidemment.
-Toi plus d’idée va falloir noter ce jour sur le calendrier, rétorque Héloïse, en toutcas je trouve que tu en as mis du temps. J’ai cru que t’étais partie sans moi.
-Elle le fait exprès c’est pas possible murmure Blandine, Héloïse, reprend la belle à voix haute, pour faire tout ça dans le noir le plus complet, il me faut plus de cinq minutes, désolé de
t’avoir inquiété.
-Oh c’est rien annonce nonchalamment la blonde. On ne voit pas dans l’obscurité la tête de Blandine à l’écoute de cette réponse mais on la devine facilement. Mais dis- moi reprend Héloïse, si le
système de sécurité fonctionne, autant péter une vitre pour le déclencher et la police viendra, tu vois j’ai des idées.
-Oui à une chose près, déjà faut les péter les vitres c’est plus que du double vitrage, mais comme t’as remarqué la particularité de l’immeuble c’est qu’il est en verre d’où les rideaux
blindés qui tombent à la fermeture. Donc moi je veux bien que tu casses mais tu rembourses car vu la taille des vitres…
-La vache ça coûte un max ces truc en verre en plus, je pourrais plus aller chez l’esthéticienne. Bon et sinon il y a bien un système incendie, genre on le déclenche et on aura le même résultat,
avec les beaux pompiers en bonus. Tu fumes ?
-Non, et au risque de te décevoir j’ai aucune envie d’être trempée jusqu’aux os et de voir tous les travaux fichus à cause du système anti-incendie. J’en suis autant désolée que toi mais va
falloir passer la nuit ici…mais je te rassure on est pas obligé(e) de dormir ensemble, limite ça me soulagerait.
-Ah bah non t’imagine sur qui on pourrait tomber ici le soir ?
-PERSONNE ! Mais il risque d’y avoir un meurtre ce soir.
-Ah tu vois toi aussi tu penses qu’il peut y avoir des rôdeurs.
-Laisse tomber annonce Blandine vaincue par la blonde attitude. Suis-moi on va trouver où aller dormir et…
-Et on mange comment et on se lave comment ?
-Stop ! A la guerre comme à la guerre, il y a une fontaine à eau à l’étage, les oilettes de nos bureaux sont disponibles et on va bien trouver des trucs à grignoter.
-Moi je fais l’amour pas la guerre, bougonne Héloïse.
-Oui ça c’est un secret pour personne, tu dois avoir le grade de général à ce niveau…
Et les heures s’enchaînent plus rapidement qu’Héloïse le pense mais bien plus lentement comme Blandine l’imagine. La blonde se révèle sans surprise, soûlante certes, mais
également un vrai moulin à paroles vivant. Les débats sur les soutiens gorges, les règles, le Kama sutra se suivent au grand damne de Blandine. Allongées sur la moquette, les deux jeunes femmes
communiquent tant bien que mal, mais notre princesse a bien du mal à saisir l’énergumène devant elle. Elle aime regarder le catch où elle glorifie le poids poule Tiphaine Lecornudier, et à part
ça elle n’est pas lesbienne, pense Blandine. En revanche elle valorise plus le fait de passer deux heures à l’institut de beauté plutôt que deux heures à donner son sang ce qui révolte Blandine
au plus profond d’elle-même. Notre irrésistible regrette de ne pas avoir emmener son Bosquet de poche, au moins elle aurait pu continuer à travailler à la lampe de poche sur des
traductions. Et tandis qu’Héloïse continue à parler seule, venu dont ne sait où de son esprit Blandine se met à chantonner :
- « Elle descend de la matagne à cheval, elle descend de la matagne à cheval… »
- Mais qu’est ce que tu chantes, interrompt la forte poitrine qui s’ennuyait dans son monologue.
- Oh un vieux truc comme sa, rien de…
- Bon et bien en attendant « Dodo » coupe sèchement Héloïse, sans doute vexée que Blandine n’ait pas voulu discuter avec elle.
-Godot ?
-De quoi ? sort Héloïse qui n’a pas compris.
-Becket, répond Blandine directement.
-Godot ? Becket ? Mais qu’est ce que tu baragouines ?
-Bah En attendant Godot, c’est pas ce que tu viens de me dire ?
J-’ai dit DODO, pas godet.
-Ah oui peut être, en même temps ça m’étonnait de ta part que tu puisses avoir eu une notion de culture littéraire, c’est aussi rare que de voir le patron avec dix kilos en moins.
Héloïse ricane bêtement sans avoir réellement compris le début de la phrase de Blandine qui est déçue car sa pique n’a pas marché, mais en
même temps elle s’y attendait. La nuit continue son court avec quelques cris de l’une ou de l’autre, ou de l’une suite à l’autre à cause de cliquetis, gouttes d’eau ou même tout simplement du
silence. Blandine ne dormit pas vraiment tout au long de la nuit et elle se disait que tout compte fait cette expérience était plutôt drôle, mieux valait en rire, et même si Héloïse
était un peu bébête, voire coconne, elle n’était pas si méchante ou désagréable. C’est même elle qui l’avait été envers la blonde. A l’avenir elle fera plus attention, tiens demain elle lui
fera des meringues et des roses des sables rien que pour elle…enfin la moitié, l’autre pour Loulou. Au final Blandine sombra dans le sommeil où elle rêva d’un asiatique qui faisait des massages
gratuits dans la Tour de Londres avec une jeune fille cheveux mi-long et avec un tee-shirt « pepeese » qui criait « RaminagroBI ! », bref un rêve que Blandine trouva stupide une fois de
plus , et pour celui-ci elle avait bien raison.
C’est Annabelle qui les réveilla en poussant un hurlement lorsqu’elle les trouveaallongées sur la moquette. La matinée qui commence à Write&love s’annonce tumultueuse. Tout
le monde veut savoir ce qui s’est passé. Mais personne n’a pris la peine d’écouter les rumeurs de Jimmy cette fois-ci. Blandine avec un peu d’eau sur le visage se prépare enfin et pour de
bon à partir d’ici. Au moment où elle franchit la porte du hall de verre on entend des :
« Blaaaandine, Blandine ! Mais…Où….tu vas ? » Prononce essoufflée et décoiffée Héloïse qui arrivait en courant.
-Bah moi je rentre, je suis de repos aujourd’hui t’as oublié dit-elle avec un sourire un peu moqueur. Bah ne t’inquiètes pas Bigtoss t’accorderas bien une ou deux heures pour te changer
…quoique ? Allez moi je file, ne t’en fais pas je te prépare une petit truc pour demain tu m’en diras des nouvelles. Ciao ma grande et n’oublies pas tout le plaisir est à venir, tout le plaisir a
été pour nous et surtout aujourd’hui tout le plaisir est pour TOI. »
Fin.
POm' PN.