Lundi 31 janvier 2011
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Son meilleur ami
Je suis son meilleur ami, le plus fidèle. Je sais tout de sa vie, ou presque. Je suis le premier à
savoir dès que quelque chose lui arrive. Je l’ai vu rire aux éclats, retenir ses larmes, puis éclater en sanglots. Je l’ai vu rougir aussi. Ça a souvent été des hommes qui l’ont mise dans tous
ces états. Ah les hommes ! Bref, je suis là pour tous les moments importants mais aussi pour les futilités.
J’ai vu sa surprise quand elle a découvert ses résultats trop faibles pour passer en deuxième année.
Je l’ai vu le visage figé, les yeux qui passent en revue chaque note, la moyenne qui reste la même, les yeux qui brillent et les larmes qui perlent. Déception. En troisième année, quand elle a
découvert ses résultats, j’ai vu sa surprise. Je l’ai vu faire ce mouvement en avant, cligner des yeux passant en revue chaque note pour voir que la moyenne restait la même et restait au dessus
de ses espérances. Soulagement.
Je l’ai vu sous son plus beau jour, le teint frais, les yeux brillants d’optimisme, parfumée,
pomponnée, vêtue de son plus beau décolleté. Je l’ai vu si nerveuse, les doigts fébriles, que je pouvais ressentir ce nœud qui se faisait dans son estomac avant de me laisser en plan et de se
hâter vers sa voiture, n’étant comme toujours pas très à l’heure. Tout ça pour découvrir cette personne qui, il y a peu virtuelle, après avoir mis la pagaille dans ses pensées,
allait débouler dans sa vie. Toute cette agitation pour parfois ne rester dans les parages qu’un court instant, mais parfois aussi pour faire partie de ses proches. Mais je l’ai aussi vu pâle,
les cernes plus creux et violets que jamais, le cheveu gras, portant des vêtements sans formes plus confortables et chauds qu’élégants. Je l’ai vu si nerveuse, les doigts
hésitants que je pouvais ressentir sa détresse face à ce devoir à terminer pour hier ou sa détermination à boucler la préparation du cours qu’elle allait donner le lendemain. Qu’est-ce qu’on ne
ferait pas pour tenter d’intéresser et ravir ces petits monstres ! Et je l’ai aussi vu avoir une mine bien plus grise, les cernes plus creux que ceux des mauvais jours et les yeux gonflés
quand celui-ci avait décidé de se débarrasser de leur relation comme on froisse et jette nonchalamment le papier d’une barre chocolatée à la poubelle.
J’ai été témoin lorsqu’elle a été piratée, manipulée, prise pour une idiote, malheureusement sans
pouvoir être dans la mesure de lui révéler l’identité de l’auteur. J’étais présent quand elle a confectionné ses meilleurs gâteaux. J’y ai même souvent goûté mais seulement du bout des doigts.
J’ai assisté aux commérages avec ses amis. Oui car gâteaux, amis et commérages vont ensemble. Je l’ai aidé à critiquer. J’ai été d’un grand secours pour organiser des fêtes, des soirées, des
rassemblements et ainsi lui permettre de revoir ses complices. Je l’ai vu Morte De Rire. Je l’ai vu danser et taper du pied impatiemment quand elle ne se souvenait plus des pas. Je l’ai aidé à
trouver des exercices de fessiers pour tenter d’éliminer ces incalculables tablettes de chocolat ingurgitées sous mon nez. Je l’ai soutenu dans tous ces projets, études, jobs, Angleterre,
Australie et moi, je l’ai toujours suivie. J’ai été présent pour tous ces échecs et victoires et je suis resté éveillé à chaque moment qui lui était difficile ou très heureux.
Elle m’a fait confiance mais a aussi parfois douté de moi. Elle m’a béni mais aussi tapé dessus.
Elle m’a quand même fait déguster. En cas de petit creux, je peux trouver du chocolat noir sous la barre d’espace, un éclat de noisette sous le T et de la noix de coco sous le S. Et elle se
demande encore pourquoi ses mots de passe ne sont pas acceptés dès la première saisie ! Aujourd’hui mes charnières n’en peuvent plus, je risque de lui rester dans les mains à l’ouverture.
C’est donc la mort dans l’âme que je dois passer le flambeau, alors que nous en sommes à l’épisode où elle se demande si cet autre homme – ah, toujours les mêmes - est sur le point de lui
redevenir aussi étranger qu’avant de le rencontrer ! Mon successeur porte un autre nom et m’a tout l’air de frimer avec son design très actuel. Reliés en USB je me vois contraint de lui
transmettre tout mon savoir. Il est prévenu, il a tout intérêt à être à la hauteur. Moi, j’ai régné cinq ans.
Papillonne. C.R.