Dimanche 28 septembre 2008

Le soleil se lève

 

A l'aube d'un ère nouvelle

S'ouvre les yeux de mon ami

Le soleil

Il couvre nos corps de ses rayons

Vermeils

Il lèche nos ailes de plumes et de sel.

A l'aube d'une ère plus belle

Battent les paupières de mon ami

L'éternel

Il s'élance de tout son corps

Couvrant nos têtes, formant le ciel

Vaste horizon couleur de lait

Et de miel.

A l'aube d'une ère sucrée

S'ouvre le regard de ma mère

De ses mamelles elle nourrit

Nos idéaux

Berce nos esprits et nos pensées

De ses bras tendres

En arceaux

A l'aube d'une ère fruité

S'envole l'hirondelle

Tombant la fleur de

Cerisier

Du jardin de mirabelles, de fraises

Et de secrets.

 

 

pn pom'. 08/05/08
Par Pom&Papillone - Publié dans : Un jour face à la nuit
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Lundi 29 septembre 2008

Blandine l'Irrésistible

Episode 3

« Une journée qui commence bien »

 

            Chez Write&love, on aime les initiatives, les initiatives textuelles, les initiatives lors d'un contrat, les initiatives quotidiennes, bref toutes les initiatives ; mais chez Write&love on ne s'est pas attendu  à ce qu'une personne prenne autant d'initiatives. Au grand damne de son patron, Blandine a pris l'initiative de toujours chanter dans l'ascenseur, de toujours dire bonjour même si la personne se trouve à l'autre bout du grand hall et que pour cela il fallait lui faille crier de toute sa voix, et également, de toujours rire de façon visible  et sonore à n'importe quelle blague. Ainsi, ce matin, quand M. Bigtoss  voit rentrer Blandine dans l'ascenseur et qu'au bout de vingt secondes il n'a toujours pas l'intégralité de l'album de Jenifer  dans les oreilles, il commence à s'inquiéter : «  Vous allez bien ? Les amours ? La famille ? Enceinte ? Jenifer arrête de chanter ? Un ennui ? Une augmentation ? Mais bon sang Blandine répondez !!!! ». Mais M. Bigtoss  n'a pour seule réponse qu'un simple petit écriteau que Blandine  lève sur lequel on peut lire : «  Aphone pour raison personnelle ». A ce moment-ci et seulement à ce moment, M. Bigtoss se dit, dans un large sourire, que tout compte fait la journée commence bien.

 

            Le silence qui règne dans la grande maison d'édition est quasi surnaturel, le gigantesque bâtiment de verre est devenu livide, tout le personnel ne se pose plus qu'une question : «  Qu'est-il arrivé à Blandine ? ». Tout le monde n'a plus que ce point d'interrogation en tête. Au début on n'y prête guerre attention, puis elle s'insinue pernicieusement dans chaque esprit, pour au final faire oublier à chacun le mot qu'il a sur le bout de la langue et le remplacer par cette mystérieuse question devenue existentielle pour tout membre de Write&Love qui se respecte. Devant le regard hagard de ses collègues, Blandine erre tel un fantôme dans les couloirs, hante les salles de rédaction avec son petit panneau à la main, ne rit plus à aucune blague du stagiaire du 4ème et n'a adressé à Baptiste, le jeune réceptionniste, qu'un timide geste de la main, elle qui d'habitude est plus « entreprenante » pour venir le saluer comme aime  le dire Mme Chusbitov, la concierge. Comble du malheur, en milieu de journée Blandine s'enferme dans son bureau et on croit même y entendre un son des plus inhabituel. Ainsi, le silence qui s'installe Chez Write&Love est très vite chassé par d'innombrables rumeurs au sujet de la plus énergique de leur traductrice.

Ces rumeurs vont bon train, des plus plausibles, aux plus excentriques. M. Richardeau a prétendu à une mauvaise grippe et est satisfait que Blandine reste renfermée par peur d'être contaminé. Annabelle, la secrétaire personnelle de M. Bigtoss, émet l'hypothèse qu' à force de rire si fort elle est devenue aphone, Mme Missbi, directrice adjointe, pense plutôt à une ruse pour obtenir des congés maladie et fait  donc comme si de rien n'était, hors de question de verser un seul centime. Stéphane, du département italien se dit  qu'elle a dû recevoir un choc émotionnel alors que pour Héloïse Dumachais ceci n'est qu'une vaste comédie pour se faire plaindre.  Mais la plus incroyable de toutes les rumeurs est criée sur tous les toits par Jimmy, l'agent d'entretien. Ce dernier affirme que Blandine a été enlevée par des extraterrestres et a subi des opérations, ou même que l'ancienne Blandine était un extraterrestre ou pire encore que  c'est l'actuel .Ces rumeurs prennent vite feu et se propagent comme une traînée de poudre, et contre toute attente celle qui remporte le plus de suffrages est celle de l'extraterrestre. Et ainsi du silence au chuchotement, on passe, d'un seul coup à l'hystérie collective. Il faut désormais épier tous les faits et gestes de Blandine, remarquer des changements dans ses habitudes culinaires et si jamais elle est démasquée il faudra la neutraliser et en faire don au gouvernement qui pourra l'étudier. Telles sont les directives de Jimmy, bien décidé  à sauver Write&Love de l'invasion.

Pendant ce temps, au sixième étage, la pauvre Blandine, la tête dans la lune, ne se doute de rien de ce qui se trame sur Terre. Toujours silencieuse, elle s'occupe à essayer de rendre une traduction de Roméo et Juliette plus joyeuse. Parallèlement à cela, elle met toute son énergie pour modifier le carnet d'adresses d'Héloïse qu'elle lui a « emprunté » il y a deux jours, pour le rendre plus joyeux, plus coloré. Entre les modifications, les ratures, les dessins, le Blanco, le rouge à lèvres et le verni à ongles rose bonbon, le résultat semble lui convenir. Et tandis que Blandine continue à s'occuper sans rien dire, une réunion des plus étrange s'organise dans la salle de repos du rez-de-chaussée. A croire que tout le personnel a déserté son poste sous le prétexte d'une pose café . Tout le monde se retrouve devant un Jimmy survolté qui va donner son plan de bataille pour repousser l'envahisseur. Mme Batonsec sert de cobaye, la pauvre femme de ménage se retrouve affublée d'une serpillière sur la tête, pour faire plus réel, et doit chanter sans s'arrêter « Au soleil », titre préféré de Blandine. Jimmy propose plusieurs plans d'action et celui qui est retenu se trouve être celui du  seau d'eau savonneuse à l'encre bleue, comme il l'a lu dans un magazine. Si Blandine est un horrible plutonien bicéphale, elle fondra sur place au contact de ce mélange. Héloïse se propose volontaire pour effectuer cette mission et son courage est applaudi de tous. Il a fallu cependant se mettre d'accord sur la quantité de liquide nécessaire pou recouvrir l'intégralité du corps de ce monstre. Ainsi Mme Batonsec a reçu l'équivalent de 25 vingt-cinq litres de ce précieux mélange en guise de test pour que tout le monde puissent se mettre d'accord.

 Au 6ème étage, Blandine a fini sa traduction de Roméo et Juliette mais malheureusement elle n'a pas réussi à en sauver, ne serait-ce qu'un seul. Cependant elle est parvenue à coller chaque page du carnet d'Héloïse les unes aux autres avec une de boîte chewing-gum à la chlorophylle. Elle a consciencieusement mâché avec affection chacun des chewing-gum dans un silence des plus religieux. Mais ce qui se trame sous ses pieds n'a rien de catholique. La brigade anti-plutonienne est en train de s'équiper. D'après Jimmy il faut  à tout pris se recouvrir le visage de crème à raser au menthol, seul protection valable contre la bave corrosive des plutoniens, si on en croit évidemment le numéro 267 de Les Envahisseurs Débarquent.

M. Bigtoss du haut de sa tour de verre commence  à trouver sa maison d'édition bien calme, trop calme d'ailleurs. Aucune personne n'est venue le déranger de toute la journée. Ainsi en grand patron qu'il est il décide de remédier à ce problème au plus vite. Il convoque Blandine  dans son bureau dans la minute qui suit. Seul bémol, Annabelle a mystérieusement disparu, comme toutes ses secrétaires, comme sa directrice adjointe, comme tout son personnel d'ailleurs. Ni une ni deux, il descend les vingt étages qui le séparent de Blandine et se rend d'un pas pressant vers la source supposée de ce calme désertique.

«  Mais pouvez vous m'expliquer ce qu'il se passe ici et la raison de votre silence prolongé, s'il vous plaît », crie M. Bigtoss en entrant dans le bureau. Il  que pour réponse le petit écriteau de la belle et un sourire qu'il ne connaît que trop bien. Et lorsqu'il s'apprête à lui demander d'écrire il est interrompu par un « YAAAAHAAAAAAA » et deux sots d'eau savonneuse bleue qui atterrissent sur Blandine et lui-même. Tous le personnel de Write&love est dans le couloir. Le patron malgré la teinture bleue est  rouge de colère mais les cris s'est  Blandine qui se met soudain à les hurler sur un Jimmy et une Héloïse couverts de mousse à raser : «  Mais vous êtes pas bien, ça va  pas la tête ou quoi, qu'es ce qui vous prend ! Héloïse t'as même pas encore retrouvé ton carnet alors pourquoi tu t'en prends à moi ? 

-         Un carnet ? Mon carnet d'adresses tu veux dire c'est toi qui l'as s'exclame une Héloïse déconfite, mais qu'est - ce que tu lui as ...

- Ca suffit ! Hurle Bigtoss, Héloïse, Jimmy dans mon bureau immédiatement ! Et vous, je croyais que vous étiez muette, déclara reprend d'une voix plus calme le grand patron en s'adressant à Blandine.

-         aH ça, non c'est juste que ce soir je vais au concert de Jenifer donc je préserve ma voix pour chanter avec mon idole, « Je veux des mots qui sonnent yeah yeah yeah lalalalalala lala lalala lala, des mots qui résonneeeeeeeent »

-         Cette fille est complètement fêlée, dit Héloïse en s'éloignant en direction du bureau du directeur. 

-         Jimmy !!!, vocifére  le pdg en s'éloignant. »

Et en un éclair tout le personnel de Write&Love retourne le plus rapidement et le plus discrètement possible à son poste en essayant de faire croire qu'il n'a pas participé à cette folie.

 

            La fin de journée approchant, Blandine, une fois séchée et changée se dirige vers l'ascenseur. Et pendant qu'elle descend, tout en chantonnant, elle se dit que, tout compte fait, cette soirée commence bien.

 

 

PN Pom'

 

 

 

 

 

 

Par Pom&Papillone - Publié dans : Blandine l'irrésistible
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Lundi 29 septembre 2008






Averse d'Avril

 

Averse fuyante qui ruisselle

Le long de tes cheveux ma belle

De ta joue, de ton visage, elle coule en vrille

Une goutte, comme une larme d'Avril

 

J'aurais rêvé d'être cette eau

Qui parcours ton corps sans s'arrêter

Une vie rapide faite de châteaux

                                                                  Une vie si belle sur tes formes inexplorées.

PN Pom'


Les pleurs d'un été

 

Au dessus d'une terre de plomb

Brûle un épi doré sec et blond

Chaleur intense de la déraison

 

Vapeur d'eau, de glace et de larmes

Il culmine, il fulmine, en haut des cimes

Il vocifère, il s'exaspère du haut de la sphère

Inutile, futile, volubile, il s'acharne

Le roi immense s'achemine vers une hymne

                                                                     Qui sonne son échéance, le glas du père.


pn Pom'







Par Pom&Papillone - Publié dans : Naissance au crépuscule
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Mardi 30 septembre 2008

Le Petit Chaperon Rouge Actualisé 2005

 

 

            Il était une fois une petite fille qui portait toujours un manteau rouge lorsqu’elle se promenait dans la forêt, c’est pourquoi on l’appelait, Le Petit Chaperon Rouge. Un jour, sa maman lui demanda d’aller porter un panier de gourmandises à sa mère-grand clouée au lit par une flemmingite aigue. La jeune effrontée désobéit à sa maman en parlant au premier jeune homme qui passa. Il était plus vieux qu’elle mais ses yeux pétillèrent en découvrant ce charmant brun à la peau mâte et au corps d’athlète, voire de mannequin. Elle replaça ses cheveux, les fit voler au vent, se tint  bien droite, essaya de se grandir en allongeant le cou et leva bien haut le menton. Elle corrigea sa démarche en balançant ses fesses alternativement à gauche, puis à droite. Le jeune homme qui sifflait « promenons-nous dans les bois pendant que le dragueur est là.. » ♪, émit un nouveau son comme lorsqu’on hèle une demoiselle à notre goût. Il avait, donc, bien remarqué la jeune fille toute vêtue de rouge, la couleur de l’amour et de la passion.  Il lui tint, alors, à peu près ce langage : « Hey toi ! Tu sais que tu es très mignonne ? 

-          Oui je sais, on me le dit sans arrêt, répondit-elle aussitôt, les paupières papillonnantes.

-          Mais où vas-tu avec ton panier garni ? fit-il en louchant sur les galettes et les confitures. Tu n’as pas peur d’aller dans les bois seule ? Ce n’est pas un lieu pour les petites filles.

-          Mais je ne suis pas toute seule, puisque tu es là, répliqua-t-elle d’un air malicieux. Et si tu veux tout savoir, j’apporte le goûter de mère-grand puisqu’elle n’a pas le courage de faire quoi que ce soit. C’est une vraie loque ces derniers temps. Bref, soupira la jeune effrontée. Et toi, que fais-tu ici ?

-          Ben moi, je me promène et j’ai promis des fraises à ma bien aimée. Elle a une terrible envie de fraises ces derniers temps, dit-il songeur.

Le Chaperon Rouge, tout déçu, baissa la tête et fit la moue : « Alors tu n’es pas célibataire… ».

-          Eh non, et je ne le suis jamais très longtemps ! fit-il fièrement. Allez ne sois pas déçue, tu es jeune et pas assez formée à mon goût. Va, ta mère-grand va s’inquiéter si tu tardes trop et moi je vais cueillir des fraises avant que ma bien aimée ne s’impatiente, finit-il ».

Comme tout charmeur qui se respecte, le jeune homme soigna sa sortie, il fit un saut périlleux au dessus du Chaperon Rouge, se retourna une fois retombé sur ses pieds, lui fit un clin d’œil et continua son chemin. Très impressionnée et ayant déjà oubliée sa déception, la fillette applaudit vivement et sourit de toutes ses dents. Très honorée du spectacle que ce prince lui avait offert, elle repartit toute guillerette et se mit à siffler le même air qu’il entonnait précédemment.

            Lorsqu’elle arriva à la maison de sa mère-grand, elle trouva la porte d’entrée entrebâillée et entendit une voix familière. La personne à qui elle appartenait chantonnait et gloussait. La jeune fille s’approcha doucement et poussa lentement la porte, qui pour une fois, et heureusement, ne grinçait pas. Elle aperçut alors sa mère-grand dans son lit, vêtue d’une nuisette de satin bleue nuit. Cette dernière se → caressait la jambe comme pour vérifier son épilation. Elle ne cessait  de rire. La petite fille qui n’y comprenait rien, entra et ne put que prononcer : « Mère-grand… ? » Celle-ci, étonnée, remonta le drap sur elle et replaça les bretelles de sa nuisette sur ses épaules : « Oh ma chérie, mais que viens-tu faire ici ? Je ne m’attendais pas à te voir, dit-elle étonnée mais pourtant enjouée.

-          Ben… euh…, bégaya la petite fille, on ne te voyait plus squatter à la maison, alors maman s’est dit que tu devais être fatiguée. Elle m’a donc, demandé de goûter avec toi.

-          Ah chouette ! Ca c’est une bonne idée, j’au une faim de loup ! Mmh, tu as apporté une galette et de la confiture ! J’espère que c’est de la confiture de fraises ! En ce moment j’ai une de ces envies de fraises ! C’est incroyable ! »

Le Chaperon Rouge et sa mère-grand se mirent alors à manger. La jeune fille n’osa demander quoi que ce soit à sa mère-grand qui dévorait la galette et trempait sans cesse son doigt dans le pot de confiture. Elle lui semblait si étrangère ce jour là. Soudain, elle entendit des pas puis une voix d’homme : « Chérie Choux, je suis de retour, j’ai trouvé plein de fraises, tu vas te régaler ! » La vieille femme leva la tête et écarquilla grand les yeux, puis elle croisa le regard de sa petite fille et se mit à rougir. L’homme entra et s’avança vers les deux femmes. Le Chaperon Rouge bouche bée, faillit s’évanouir. C’était le beau jeune homme rencontré dans la forêt qui était entré et sa bien aimée était sa grand-mère.

« Mais… euh… t’as un petit copain mère-grand ?

-          Eh oui, comme tu vois, fit-elle gênée mais ravie, euphorique.

-          Et c’est ma mère-grand t’as petite copine ? demanda-t-elle tant bien que mal au beau jeune homme.

-          Ouep ! répondit-il pas peu fier.

-          Mais elle est vieille, toute ridée et fauchée ! s’indigna-t-elle.

-          Eh ! Ma chérie je suis aussi ta grand-mère, ne l’oublie pas, un tout petit peu de respect je te prie.

-          Chérie Choux n’est peut-être plus très jeune mais elle est encore très dynamique et inventive, ajouta-t-il, les yeux brillants de malice.

-          Et vous êtes heureux ?

-          Comblés, répondirent-ils en cœur.

-          Alors je dois vous laisser.

-          …, ils acquiescèrent par un hochement de tête. »

La petite fille se dirigea, alors, vers la porte, toute penaude. Sa mère-grand lui dit tout de même : « Ma chérie, cela est un secret qui dois rester entre nous trois, d’accord ? » Le Petit Chaperon Rouge ferma la porte et rebroussa chemin. Toutes les images de ses rencontres et découvertes faites dans la journée défilèrent dans sa tête. Soudain, elle comprit d’où venait son effronterie, pas de sa mère très droite, sérieuse et même fade, mais de sa mère-grand. C’était un sacré numéro !

 

 

 

C.R Papillonne.

Par Pom&Papillone - Publié dans : divers
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Jeudi 2 octobre 2008

Blandine l'Irrésistible

Episode 4 

« La roue tourne toujours. »

 

 

« Bonjour Mademoiselle Blandine ! Ah si vous saviez combien vous nous avez manqué !

-          Ah oui, combien ?

-          En tout cas à moi, vous m'avez manqué grand comme ça, le réceptionniste

ouvre grand les bras pour illustrer ses dires.

-         Ah mon p'tit Baptiste vous êtes adorable. Ca me fait chaud au cœur ce que vous me dîtes là, approchez-vous que je vous fasse la bise. La jeune femme se presse contre le comptoir pour également s'approcher et coller amicalement ses lèvres sur la joue du réceptionniste qui s'empourpre soudain.

-          Vous avez passé de bonnes vacances ? demande-t-il.

-         Oh ne m'en parlez pas ! Le paradis sur terre. Détente et remise en forme. Comment dire... je me sens à la fois détendue, et pleine d'énergie.

Comme toujours se dit Baptiste.

Bon eh bien c'est pas tout, il faut que j'aille rendre mes collègues verts de jalousie. Bonne journée mon p'tit Baptiste !

-         Merci Mademoiselle Blandine. Amusez-vous bien. »

La jeune femme répond par un clin d'œil et repart, d'un pas léger, comme si elle marchait sur des nuages. Le moral, l'envie, la motivation gonflés à bloc, ses vacances lui ont été plus que bénéfiques. Passer dix jours au Club Med à tester la formule « Efforts-Détente » avec son Loulou lui a fait un bien fou. Bien loin de s'agir de sport de chambre (bien que chacun fasse comme il le souhaite, et bien qu'ils aient fait comme ils le souhaitaient (aucun autre détail ne sera dévoilé), les vacanciers alternent entre soin du corps et sport, et inversement. En réalité, Blandine était tentée de prendre seulement l'option soins, mais la culpabilité jamais très loin et les petites pommes d'amour de l'hiver ayant pris place, l'ex vacancière avait finalement préféré déloger les belles demoiselles. Avec l'aide des nutritionnistes sur place, celles-ci se sont effectivement faites oublier.

 

La jeune femme presse le pas pour rejoindre plus vite le bureau spécialement réaménagé et partagé avec Elise, pour co-traduire le dernier roman, trop difficile pour se le coltiner seule, de l'auteur-ermite australien. Elle ne presse pas le pas pour se remettre au travail plus vite, mais pour raconter à Elise ses vacances dans les plus brefs délais. Pendant le trajet pour venir jusqu'à Write&Love elle a d'ailleurs réfléchi à un résumé, qui n'en n'est pas un, pour être sûre de bien tout lui dire et dans le bon ordre. Le sourire aux lèvres et prête à entonner un chaleureux « Bonjour ma Choupinette ! », Blandine ouvre la porte avec entrain et, ô déception, souhaite, en fait, bien le bonjour à un fauteuil vide. Fort déçue, elle s'approche du bureau de sa collègue, comme s'il allait lui confier le pourquoi du comment de son absence.  Restant sans réponse, elle pose son sac, allume l'ordinateur et s'assoie, les questions se bousculant : « Où est-elle ? Elle ne m'aime plus ? Elle m'a lâché ? Elle veut me punir de mon absence en partant à son tour ? Elle s'est cassée une jambe ? Elle est tombée dans les escaliers ? Elle s'est faite écraser par un pauvre idiot voulant prouver qu'il était capable de faire des conneries ? Elle s'est mariée et est partie en voyage de noces sans ne m'avoir rien dit, ni même nommé demoiselle d'honneur ? » Reste à savoir qu'elle éventualité l'attriste le plus...

Une fine silhouette accidentée d'implants mammaires interrompt les réflexions de la fraîche revenante : « Quoi tu ne t'es pas encore remise au travail ?

-         Quoi t'es devenue patronne pendant que je n'étais pas là pour dissuader Bigtoss de faire de grosse bourde ? tac o taque Blandine.

La plantureuse blonde se renfrogne et se tait constatant la nouvelle forme de sa concurrente.

Au fait, bonjour Héloïse fit-elle mielleuse, rappelant les bonnes manières. Tu vas bien ? Non la réponse ne m'intéresse pas. Dis moi plutôt si tu sais pourquoi Elise n'est pas là.

-         Elle est en congé maladie, répond M. Bigtoss apparu dans l'encadrement de la porte. Bonjour Blandine, ajoute-t-il mielleux. Avez-vous passé de bonnes vacances ?

-         La réponse vous intéresse-t-elle ? Le patron acquiesce de la tête. Ce fut formidable, je regrette que mon bureau ne soit pas installé là-bas. Qu'a donc Elise pour être arrêtée ?

-         Je n'en sais trop rien, son médecin l'a arrêté en tout cas. Je pensais vous le demander en réalité, car je dois dire que son absence m'inquiète un peu dans la mesure où elle se nourrit de travail. Et elle n'a jamais été absente sans prévenir avant. Même pendant ses vacances elle vient hanter la maison d'édition...

-         Ah mais attendez, c'est qu'elle est absente depuis combien de temps ?

-         Oh eh bien cela va faire trois jours.

-         Rolala mais ça va nous faire un gros retard. M. Bigtoss prend sa respiration accompagné d'Héloïse. Je sais, les stoppe Blandine, j'y ai contribué, ne vous fatiguez pas, je sais. La fautive, cherche dans le bureau d'Elise l'œuvre de l'auteur australien, leurs brouillons de traduction, le planning, ou encore le récapitulatif de ce qui a été fait. Héloïse rejoint son bureau. Non. La machine à café, désespérée par la répartie fulgurante de sa concurrente.

-         Si vous cherchez votre travail, il est chez Elise, elle a tout emporté en me promettant d'avancer chez elle.

-         Mais je ne peux rien faire moi alors, fit Blandine mi-soulagée que la traduction ne soit pas restée en plan, mi-agacée par la désorganisation, et le manque de matière.

-         Comment ça, vous croyez que je vous laisserai ainsi, les bras ballants ? N'ayez crainte, vous allez épauler Héloïse jusqu'au retour de votre collègue.

-         Pardon ?

-         Parfaitement, vous allez l'épauler. Je sais que ce n'est pas courant pour vous, enfin surtout si c'est pour aider votre rivale, mais soyez gentille, donnez-lui un coup de main.

-         Euh... Comment dire... Sauf le respect que je vous dois - Bigtoss douta un instant en avoir bénéficié une fois - il en est hors de question. Votre chère et belle Héloïse a fait des pieds et des mains, et des coups bas, pour prendre en charge l'œuvre (et l'auteur) dont je rêvais m'occuper. Maintenant si elle ne peut pas assurer, tant pis pour elle, ça la discrédite, et c'est tant mieux. Moi je sais que j'en aurais été capable, et ça n'aurait pas traîné. Et vous le savez aussi. Qu'elle se débrouille avec ses neurones nicotinisés. (Il s'est avéré qu'il manquait quelques dents (de devant) au fabuleux auteur). Non, non, je vais plutôt aller voir Elise, et rapporter notre travail fait jusque là au bureau. Nous nous sommes engagées, je suis sérieuse, je ne vais pas entreprendre autre chose. 

Blandine prend ses affaires sur le champ et se dirige vers la sortie.  Elle se retourne tout en avançant.

A bientôt Monsieur, fait-elle mielleuse.

- Eh bien, il faut que je prenne des vacances moi aussi... dit le patron, abasourdi. »

 

La jeune femme rejoint la station de tramway la plus proche et sort son arme fatale, ou plutôt l'une de ses armes fatales, son téléphone. Instrument par lequel elle émet et reçoit foule de renseignements à une vitesse folle. Elle cherche donc le nom d'Elise dans son répertoire, le valide, et tombe bien évidemment sur le répondeur. Blandine se résigne alors à sacrifier les minutes précieuses qu'elle réserve normalement à son Loulou pour appeler le meilleur ami d'Elise, très gentil mais vite assommant avec sa verve sans limite.  Elle hésite un instant, fait une grimace et prend sa respiration en même temps qu'elle presse le bouton validant le numéro de Marco.

« Marco au téléphono bonjourno !

Les yeux de Blandine glissent en direction du ciel, ses oreilles ne croyant pas à cette introduction.

-         Saluto Marco c'est Blandino ! Elle est très spéciale ta nouvelle façon de parler dis donc. Euh bon, je n'ai pas trop de temps là, tu as des nouvelles d'Elise, tu sais si elle va bien ?

-         Olalah, qu'est-ce que j'en sais moi ?! Je me demande si elle ne boude pas, ce qu'il y a c'est que je ne sais pas pourquoi.

-          Et ça ne t'inquiète pas ça ? Elle est en arrêt maladie.

-          Ah bon ? Dingo !

-         Oui, oui incroyablo, intervient Blandine. Bon ok, tu n'es pas plus avancé. Bon c'est pas grave de toute façon je vais chez elle.

-         Hein hein, d'accord, je vous rejoindrai peut-être parce que ça m'inquiète maintenant tout ça.

-         Entendu, alors à tout à l'heure peut-être. CiaO ! » Clap. Téléphone fermé, Blandine dans le tramway, portes closes, en avant toute chez Elise.

 

Après cinq bonnes minutes passées à se défouler sur l'interphone, la malade daigne enfin répondre à sa collègue.

« Aaaah ! Coucou ma Choupinette ! C'est ta Blandinette préférée, adorée (etc,...), tu m'ouvres, il faut que je te raconte mes vacances, ça va te changer les idées.

-         Mais non ce n'est pas conseillé je suis malade, je vais te contaminer, on se revoit bientôt, répond Elise en toussotant.

-         Ah mais non, je me suis tapée Write&Love à chez toi en serre mobile, ne me dis pas que je l'ai fait pour rien. Allez, ouvre moi, il faut qu'on se mette au point sur notre bouquin. Et quoique tu dises, tu n'échapperas pas à justifier ton absence. »

Convaincue de la véracité de ces paroles, et plus désespérée que jamais, Elise ouvre à Blandine et sur le chemin du retour pour son lit, elle en profite pour ouvrir une fenêtre.  A peine la couette rabattue sur elle, l'énergique jeune femme est déjà sur le seuil de la porte, elle entre. Elle pénètre doucement dans l'appartement attendant que ses yeux se fassent à l'obscurité. Une fois ceux-ci remis de ce choc lumineux elle fait le constat d'une nouvelle forme de chaos. La vaisselle s'est amoncelée dans l'évier de la cuisine, un certain nombre de pots de yaourt plus ou moins terminés jonchent la table. Dans le salon le clic-clac a été converti en lit. Au sol, manteau et chaussures gisent accompagnés de magazines et de bouquins ouverts. Sur le bureau Blandine reconnaît le livre de l'ermite australien parmi des pages de texte traduit. Le plus étonnant est la vision de l'ordinateur portable de sa collègue ouvert par terre, l'écran noir. Ne comprenant pas pourquoi celle-ci a investi le clic-clac, elle jette un coup d'œil dans la  chambre à coucher. Il est recouvert de photos et de feuilles, pour certaines froissées, manuscrites... probablement des lettres. Revenue dans le salon elle balaie la pièce du regard, et conclue : « Eh bah...

-         Et encore tu as de la chance j'ai ouvert la fenêtre rien que pour toi. C'est moins pire que ça aurait dû, interrompt la masse entortillée dans sa couette.

-         En effet, qu'elle chance ! répond Blandine estomaquée, mais amusée par la réplique. Bon tu me connais Elise, je ne vais pas vouloir te laisser comme ça, surtout que de toute évidence tu n'es pas malade du tout, en tout cas tu n'as aucun virus, mais tu risques d'attraper des microbes si tu laisses l'état de ton appartement s'empirer.

Blandine ouvre donc les volets et fenêtres restants, et s'assoit auprès d'Elise.

Tu sais ce qui m'étonne le plus c'est de voir ton ordinateur par terre, à mon avis, il n'y est pas arrivé tout seul... Et ces photos, et ces lettres je suppose, sur ton lit... »

Elise se retourne alors et émerge un peu de la couette pour regarder son coach improvisé. La joue toute gonflée, elle mâche, le menton tremblant, les larmes aux yeux. Blandine l'observe et aperçoit sous la couette une boite de chocolats très entamée, presque terminée.

«  Oui donc là c'est bon, c'est sûr, j'en conclu que c'est ton cœur qui est malade. Chagrin d'amour. Raconte.

-         Cet idiot là, qui m'avait promis au lycée qu'il reviendrait me voir alors qu'il partait pour New York à cause de ses parents qui voulaient faire fortune là-bas... On a dû rompre à cause de la distance. C'était mon premier amour. Eh bien il est revenu il y a deux mois. Il m'a à nouveau fait chavirer le cœur. On a passé soixante et un jours passionnels, et là, il y a une semaine, après m'avoir dit et répété je t'aime, je t'ai toujours aimé, je serai toujours là pour toi, je ne te laisserai plus jamais, il m'envoie un mail, me disant que nous deux c'était magnifique quand nous étions jeunes, que c'était formidable ces deux mois là, mais que ça ne peut pas continuer parce qu'il a mis enceinte une femme et qu'il doit assumer, narre Elise ravalant ses sanglots à chaque phrase. C'est un pauvre con ! Un gros connard ! Et je l'aime. Je suis une pauvre conne !...

-         ...Non, non tu n'es pas tout ça. Lui je ne dis pas. Mais toi tu n'as rien à te reprocher.

-         J'en ai marre, c'est toujours pareil. Ils ont l'air bien au départ, gentils, adorables, présents, attentionnés. Ils te disent je t'aime sur tous les tons...et puis un jour, tu ne sais pas pourquoi ils te claquent entre les doigts, ils s'envolent. Je suis trop nulle. J'ai pas de situation. J'ai que ce boulot qui me fait tenir debout mais qui, soyons franches, ne permet pas de s'épanouir, ou de s'offrir tout ce qu'on désire. Sinon je m'achèterais bien un mari muet pour ne pas entendre son baratin, et un gosse qui me regarderait avec des yeux brillants. Je suis nulle, je suis trop nulle.

Blandine ayant toujours détesté entendre ce genre de discours, interdisant toujours ses amis de se rabaisser, décide de prendre un ton autoritaire pour secouer son amie.

-         Ah non Elise, je ne veux pas t'entendre dire des choses pareilles ! Je parle de la partie où tu te juges. C'est faux ! Tu es quelqu'un de très bien. Tu es jeune, tu as encore le temps de fonder une famille. Ce qu'il te faut avant tout c'est quelqu'un capable de voir qu'elle merveilleuse personne tu es, et de profiter d'une vie de couple au maximum avant de procréer. Profite, profite ! Et regarde c'est ce que tu as fait avec ton premier amour. Même si vos retrouvailles n'ont pas duré. Tu as profité avec tous ceux qui ont succombé à ton charme. C'est très bien.

-         Mais moi je veux profiter d'un seul, du même, longtemps... Pourquoi j'ai pas cette chance moi, pourquoi toutes les autres l'ont ?

-         Tu vas l'avoir cette chance. La roue tourne. La roue tourne toujours, tu verras. Tiens d'ailleurs ça me fait penser que j'ai quelque chose à te donner. »

Blandine ressort son téléphone, attrape un stylo et un bout de papier sur lequel elle note un numéro. Elle le tend à sa voisine.

-          Qu'est-ce que c'est ? C'est à qui ça ? Le numéro d'un psy ?

-         Mais non, c'est moi ta psy. Tu te souviens de l'homme à la contravention qu'on a rencontré dans l'ascenseur qui est tombé en panne au moment où on était dedans. Eh bien j'ai revu cet homme dans l'immeuble. Il est divorcé, il a deux enfants. Et quand on s'est revu il m'a parlé de toi, on a discuté, et de fil en aiguille il m'a demandé de te donner son numéro. Tu vois la roue tourne. Il a envie de stabilité, précise la coach-psy-entremetteuse.

-         Pas possible...

-         Eh si, en plus il n'est pas mal du tout, avec ses yeux noirs, son sourire ravageur, et une carrure, oh et des fesses...

-         Ca va oui, interrompt Elise, c'est le mien !

-         Ah bah voilà, tu es guérie, tu réagis, tu réagis très bien d'ailleurs. Bon maintenant tu vas faire un tour à la salle de bain que tu me montres à quoi ressemble une femmes habillée en femme.

-         Il y a une glace dans l'entrée si tu veux voir, réplique Elise.

-         C'est toi que je veux voir habillée comme tel, moi je sais que je le suis, tu penses. J'ai bien vérifié que tout était en place pour me faire un superbe décolleté. Et dépêche toi, après tu me feras un briefing sur la traduction, que je puisse rentrer à la maison d'édition et informer Bigtoss de la situation. »

 

Une fois Elise sous l'eau chaude et purifiante de la douche, Blandine prend un sac poubelle et y fait disparaître un maximum de déchets. Le point fait sur l'œuvre de l'ermite, elle colle un baiser sonore sur chaque joue de sa coéquipière de nouveau belle et fraîche après lui avoir fait promettre d'appeler l'homme à la contravention.  Elle reprend le tramway qui commence à être plein, puisque c'est le début de la débauche. Elle finit par décider d'en sortir plus tôt pour échapper à cette foule et profiter des rayons du soleil printaniers. Fière d'avoir réussi à secouer les puces d'Elise, de lui avoir redonné espoir, et de savoir où elles en sont dans leur travail, un sourire de satisfaction se dessine sur son visage. A quelques mètres de Write&Love, elle aperçoit  Héloïse qui s'en va, note qu'elle termine plus tôt qu'elle ne le devrait, et l'observe rejoindre son vélo. La plantureuse blonde fait quelques tours de pédale, longe la façade de l'immeuble, le long de la façade perpendiculaire à celle-ci un homme, lui aussi à vélo, arrive de bonne allure. Blandine devine la future collision et prend son inspiration, ses lèvres articulent quelque chose. Aucun son. Sauf celui de deux vélos qui se percutent. Et les cris d'Héloïse. Et les excuses de l'homme (pas très beau). Blandine sous le choc, mais elle ne sait pas trop lequel, celui du spectacle ou de son absence de voix, s'approche et demande si sa concurrente va bien. Altruiste, quand même cette Blandine ! La rivale, le pantalon râpé, un talon cassé, les paumes et le menton égratignés lui montre sa roue, tordue : « Mais non, je ne vais pas pouvoir rentrer avec une roue comme ça, et j'ai mal partout.

-          Mais si, regarde, fait Blandine en actionnant la roue, ta roue tourne, la roue tourne toujours. »

 

CR Papillonne

Par Pom&Papillone - Publié dans : Blandine l'irrésistible
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