Blandine L’Irrésistible
Episode 10
« L’Histoire sans fin »
Le temps, il court, il file, il coule entre nos mains. Rien ne l’arrête, ne le freine, ne le bloque. Il n’épargne rien ni personne. Pourtant quelqu’un a su le
dompter, pour toujours rester le même et n’avancer pour ne changer qu’en bien et en mieux.
Il pleut depuis cinq jours, mais ceci n’atteint pas le moral de Blandine qui astique et récure son appartement. Aujourd’hui on est dimanche, toute trace, marque
doit disparaître. Chaque grain de poussière doit être éradiqué. Vaisselle, vitres, tapis, carrelage, tout doit être impeccable. La fée du logis est à la recherche de la moindre anormalité. Le
plus dur est de retrouver tous les vêtements de Yann qu’il sème un peu partout en pensant peut être que ça va pousser. La dernière fois elle a même trouvé une chaussette dans le micro-onde.
Mais aujourd’hui, Blandine fait une étrange découverte, derrière l’armoire, soigneusement coincé, un DVD pornographique mettant en scène des lesbiennes sur la couverture. Et à ce moment là on
entend un : «Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan !
-Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, répond le nommé qui finit par arriver dans le salon en traînant les pieds. »
Blandine se redresse, fait un quart de tour, montre le boîtier qu’elle tient entre deux doigts comme si c’était un slip sale de son cher et tendre, et demande : « Qu’est-ce que c’est que ça ?
-On dirait un DVD à première vue, ma Louloute. Il est plein de poussière, c’est étonnant, je croyais que tu faisais le ménage…
-Il est plein de poussière parce que je l’ai trouvé derrière l’armoire vois-tu. Alors que normalement les DVD sont tous rangés dans l’ordre alphabétique du nom de leur réalisateur, dans
l’armoire, et non pas derrière. Et j’ajouterais que normalement, mais enfin ça c’est toi qui va me le préciser, on n’a pas ce genre de film à la maison. »
Blandine s’avance alors avec le boîtier vers son compagnon pour qu’il puisse mieux comprendre. A la vue de la couverture ses yeux font comme un sursaut qui le fait reculer. Il commence alors à
nier toute implication personnelle dans cette histoire en hochant la tête : « Ah mais moi j’y suis pour rien, je ne sais pas ce que ça fait là. Moi je t’aime, je n’aime que toi, je ne vais pas
aller voir ailleurs. Nous n’avons pas besoin de ça pour prendre du plaisir. Et tu le sais aussi bien que moi, ma Chérie, se vente-t-il.
-Admettons. Mais n’est-ce pas toi qui as toujours été attiré par les trucs à trois ? Ne m’as-tu jamais demandé d’inclure quelqu’un. Et n’était-ce pas une femme que tu voulais inclure en plus ? Et
n’ose pas me dire que tu pensais à un homme ! »
Yann tombe à la renverse sur le canapé sous le poids de ces indéniables arguments. L’esprit brouillé, les idées qui s’entrechoquent, il essaie de remettre tout ça à l’endroit. Il réfléchit
convaincu qu’il y a une explication à la découverte de ce DVD pornographique. Blandine l’attend, les mains sur les hanches, le boîtier toujours entre le pouce et l’index.
« Mais dis-moi, la voisine du dessus qui est venue le mois dernier. Elle était surexcitée au repas. C’est une provocatrice. Tu te souviens, elle nous a bien détaillé sa vie sexuelle avec ses
nombreuses copines… tu ne crois pas qu’elle aurait pu nous laisser ce cadeau en souvenir ? Propose Yann, le regard sombre. »
-Mouais fait la ménagère à demi convaincue, entre nous je te rappelle que ce dîner c’est toi qui l’as organisé, pas de ma faute si elle s’est révélée nympho, comment elle s’appelait déjà ?
Médélise je crois, non ?
-Euh ouais, répond Yann toujours un peu sur ses gardes.
-Et c’est cette Médelise qui serait allée placé ce DVD derrière l’armoire d’après toi ?
-Baaaaaaaaaaaah euh, elle était bizarre quand même, hein chérie ? réplique Yann d’un air tout sauf convainquant.
-Oui enfin bizarre mais elle avait pas de DVD planquée dans sa mini jupe d’après mes souvenirs. On en revient à la question initiale ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?
-Oulah ça fait plus d’une question ça…
-Et n’essaie pas de gagner du temps !!!
-Bon, bon je vais tout te dire…alors c’est un pote…
-QUI ?
-Bah laisse moi finir Louloute. Bon alors c’est un pote…oui, oui je vais te le dire…un pote du boulot… qui me l’a prêté car il voulait que je vois un truc dessus…
-QUOI dessus ?
-Bah euuuuuh une fille, fait Yann gêné, mais je te rassure elle a rien d’extraordinaire…surtout par rapport à toi mon bébé. Et puis voilà je dois lui rendre la semaine prochaine et comme je
savais que tu allais mal le prendre j’ai préféré le cacher. Tu vois j’ai eu raison ?
-Ah les meeeeeeeeecs j’te jure tous les mêmes vous pensez qu’avec votre… allez c’est bon c’est bon, oust, dehors, j’ai du ménage moi.
Et lorsque Yann s’éloigne, on entend(s) un « t’oublis pas quelque chose ? » et un « bam » dans le dos du jeune homme. Le DVD glisse le long de son dos et tombe à
terre. « Euh merci ma chérie, hehe » c’est la seule chose que Yann ait trouvé à répondre. A vrai dire Blandine n’attendait pas vraiment de réponse de sa part et préféra passer ses nerfs sur
le sol.
Seize heures de l’après midi, il pleut toujours. Les vitres sont pourtant lumineuses de propreté, le carrelage vient d’être sinsé, au niveau de la cuisine il ne reste à notre
cendrillon plus qu’à nettoyer à fond le réfrigérateur. Pour cela il faut le déplacer. Ni une ni deux « ho hisse », Blandine pousse de toutes ses forces. On entend alors le bruit d’une boîte qui
tombe. Elle se penche et ramasse l’objet rectangulaire. « Oooh !!! », cette fois-ci il n’allait pas s’en tirer comme ça :
« Yannnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn !
-Nooooon, tente de répondre l'interessé.
-Ramène tes fesses ici, je te prie. » Toujours en traînant des pieds, Yann s’approche et reste sur le seuil de la cuisine.
- Qu’as-tu trouvé cette fois, soupire-t-il assez confiant.
-Oh ben tiens regarde, un nouveau boîtier, un nouveau DVD. Il va donc me falloir de nouvelles explications, et, tu ne sais pas ? Il m’en faut des bonnes, car je ne sais pas si tu l’as remarqué
mais je suis bien remontée là.
-Ca c’est bon je l’avait compris. Montre-moi ce que c’est celui-là. »
D’un geste vif, Blandine tend le boîtier et profite de ses mains libres pour croiser les bras. Seul un chiffon, à poussière pend d’une de ses mains.
« Alors voyons un peu ça, commence Yann.
-Tu sais que ça ne sert à rien de gagner du temps « mon chéri ».
-Hum-hum. Dis moi « ma chérie » est-ce que tu as regardé la couverture du DVD, ce que c’était ?
-Euh…, répond-elle, le visage en train de se défaire, mais je n’ai pas besoin parce que je sais ce que c’est, ne me prends pas pour une idiote.
-Alors regarde, et Yann lui colle la couverture sous le nez, Blanche Neige et lesSept Nains, et c’est pas précisé que c’est interdit aux moins de dix-huit ans.
-Montre-moi ça, fait la fée du logis décontenancée, en lui arrachant l’objet de la dispute. Mais explique-moi un peu comment ça s’est retrouvé là, derrière le frigo. J’écoute, j’attends. Alors ça
vient ? C’est tout ce que tu as à me dire, ajoute et continue-t-elle empêchant Yann d’ajouter quoi que ce soit pour mieux prouver la méprise de sa belle.
-Bon écoute Blandine calme-toi. Ce n’est pas grave si tu t’es trompée. Ca peutarriver à tout le monde, mais il faut l’accepter.
-Je veux savoir le pourquoi du comment de la présence de ce DVD suspect derrière mon frigo, s’entête-t-elle.
-Oui, alors déjà, c’est notre frigo, hein, et ensuite, moi je ne vois qu’une explication. Tu sais que de temps en temps on a la grande chance de garder les enfants de Mme Grubaski…
-Ah bravo Yann, c’est cela même, rejetons la faute sur des enfants ! Mais tu terends compte des enfants de cinq ans ! C’est petit ça, c’est petit !
-Attends, corrige-moi si je me trompe, mais ne sont-ils pas accro aux films de Disney ? Tu te souviens bien qu’à chaque fois qu’ils viennent ils apportent leurs DVD. On sait combien ils peuvent
être turbulents, alors c’est fort possible que l’un d’eux ait réussi à coincer ça derrière notre frigo. »
Sur ces dernières paroles, Yann se lève, dépose un baiser dans les cheveux de sa fiancée, et retourne dans le bureau-multimédia. Blandine l’observe partir, le regard soupçonneux. Une fois qu’elle
l’entend refermer la porte du bureau, elle se rue dans le salon, ouvre le boîtier, prend le disque, et le met dans le lecteur, tellement certaine qu’il s’agit d’un leurre. Soudain la musique
retentit, très forte, la détective se jette alors sur la télécommande pour baisser le son au plus vite et ne pas attirer l’attention du suspecté. Les premières images du film si bien connu de
tous apparaissent. Mais cela ne suffit pas, elle passe de chapitre en chapitre et guette l’anomalie. Il n’y en a aucune. Ce DVD est celui d’un dessin animé de Disney.
Coupable. Elle se sent très coupable. Discrètement, elle se glisse dans le bureau et embrasse doucement l’utilisateur de l’ordinateur dans le cou. Celui-ci l’accepte volontiers. Le couple
s’enlace et profite de l’accalmie pour partager cet instant de tendresse. La fée du logis ainsi rechargée en énergie et amour, retourne à ses poussières, et progresse dans l’appartement, plus
légère. De la même façon ses pensées dansent dans son esprit, et la mènent à décider quel repas, avec quelles bougies, elle prépara à son Loulou. Enfin Blandine arrive à la fin de sa mission «
ménage ». Elle arrive au lit. Elle garde toujours le rangement du dessous du lit pour la fin. C’est ce qui lui demande toujours le plus de travail. Mais aujourd’hui comme elle fait le ménage à
fond, elle fait aussi le dessus, l’intérieur, tout. Le matelas enlevé, elle découvre joint aux lattes, un boîtier, du format d’un DVD. Un couple, on ne sait pas vraiment de quelle nature, dans
une position plus que particulière en fait la couverture.
« Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ! »
Papillonne et Pom' CR&PN