Dimanche 28 septembre 2008
Il faut bien commencer par quelque chose, mettre des points, parfois sur les "i", et se jeter à l'eau, vaste océan de mots.

Cet espace d'écriture tient à présenter simplement à la vue de tous, enfin de celui qui passe sans doute par hasard ici, les textes rassemblés et mis en commun de deux amis Pom et Papillonne.

Les styles sont en pleine croissance et maturité, ils changent, ils se forgent, ils murissent.

Les récits qui suivront sont d'un des auteurs ou parfois des deux à la fois. Les genres comme la plume sont inévitablement variés et divers suivant "l'auteur".

Lisez, commentez, dites ce que vous avez aimé, ce qui vous a dérangé, ce qui vous a  fait vous envoler...on peut toujours rêver...c'est après tout notre maître mot.


Bonne lecture.

Pom&Papillonne.


"Tout est dit et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les moeurs, le plus beau et le meilleur est enlevé; l'on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d'entre les modernes."
- Caractère 1, Des ouvrages de l'esprit, Les Caractères, La Bruyère.




Par Pom&Papillone - Publié dans : divers
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Dimanche 28 septembre 2008
Blandine l'irrésistible est un recueil de nouvelles offert en cadeau à une amie très chère. Il et elles sont nés de l'association de deux écritures différentes réunies pour cet événement unique.

Une lettre ouvre le recueil qui se termine sur la lettre réponse à la première.

Entre fiction et réalité vivez les aventures de la plus énergique des héroïnes.

Toutes ressemblances avec une personne réelle sont évidemment fortuites...quoique...
Par Pom&Papillone - Publié dans : Blandine l'irrésistible
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Dimanche 28 septembre 2008

A Poitiers          

Date inconnue

 

Ma chère Claire,

 

Etre de papier, être de chair, parfois la différence n'existe pas. Les deux nous font ressentir des émotions, des sentiments forts, nous font rire et pleurer.

Un être de papier est crée par un être de sang froid, et comme dans toute  relation de filiation, le père et la mère donnent à leur enfant un peu d'eux même, un peu de nous, un peu de notre vie.

Un être de chair est crée par l'union amoureuse, deux sangs aux sentiments chauds et purs. Parfois il lui arrive de se mettre sur papier, pour se soulager de ses maux grâce à des mots qui lui permettent d'oublier un instant ou même de surmonter ces épreuves.

Les deux ont donc un rapport privilégié. L'auteur peut prendre pour cible et pour muse une certaine personne pour s'en inspirer et s'en amuser, il faut je crois, un peu des deux, n'est ce pas ?

Vois-tu, imaginons le temps d'un instant, un avenir possible, un hypothétique et grandiose futur où toi, tu serais une grande artiste et moi, un auteur renommé. Mais imaginons ce possible comme parallèle et improbable, avec des versions de nous et des autres qui nous ressemblent et qui pourtant sont si différents. Un avenir où tout se mêle, où tout se confond, couleurs, temps et espace, un mélange dans le bonheur et la bonne humeur. Dans ce futur fantasmé, que deviendra notre chère Blandine, comment pourra-t-elle être, qu'aura-t-elle pu devenir ou à quoi aura-t-elle échappé ?

Dans ce monde qui va s'animer sous nos plumes, un univers où tout est possible, où nous sommes présents sans vraiment l'être, notre Irrésistible trouvera-t-elle sa place ? Se reconnaîtra-t-elle ? Saura-t-elle faire la différence du vrai du faux, de nos taquineries et de nos traits de vérité, bref entre la divine fiction et la pure réalité ?

Qu'elle se garde bien de croire, et tu dois être d'accord, que ce personnage qui va se dessiner sous ses yeux n'est qu'elle. Que cette Blandine Delaville est son double et rime avec M*****-D***********. Peut être que oui, peut être que non, ou peut être les deux. Qu'elle se garde aussi de prendre au premier degré les caricatures ou autres traits grossis, élargis, voir même carrément inventés de sa personnalité, sans pour autant les prendre à la légère.

Voilà ma chère Claro, Imaginons comme tu sais si bien le faire, Rêvons comme elle sait si bien le faire, et Créons comme je m'efforce de bien faire.

Imaginons ce monde, rêvons de cet avenir, créons cette Blandine L'Irrésistible.

 

Affectueusement,

 

Pom'

Par Pom&Papillone - Publié dans : Blandine l'irrésistible
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Dimanche 28 septembre 2008

Blandine l'irrésistible.

(Episode pilote)

 

Après l'immanquable douche chaude, le petit déjeuné aux incomptables tranches de pain de mie grillées, recouvertes de confiture de fraises, trempées dans le chocolat au lait froid, Blandine est prête pour affronter cette nouvelle journée. Et quelle journée ! Eh bien une journée qui commence une nouvelle fois avec un réseau de tramway perturbé mais qu'importe, Blandine râlera juste une fois de plus : « Et voilà je vais être en retard, pour une fois que je pars plus tard pour ne pas être trop en avance, il faut qu'un tram rentre dans une voiture ! » Mais Blandine râle en silence car elle ne connaît pas les autres passagers, bien qu'elle aimerait connaître le petit nom de l'homme en face d'elle.  « C'est toujours ça de gagner, se dit-elle, je peux profiter plus longtemps du charme qui émane de ce passager, rroh, Yann ne serait pas content. » Soudain l'homme lève le nez du 20 minutes : « Vite, vite, il me faut un petit sourire sympa et embarrassé pour faire comme si je n'avais pas vu qu'il était là. Ouf, j'ai réussi. Craquant, vraiment », pense-t-elle.

 

Et voilà, vingt minutes de retard, enfin disons vingt-cinq car il lui reste encore à entrer dans un des ascenseurs de la maison d'édition, tous pris d'assaut par les autres victimes du tramway.  Mais comme il faut toujours re-la-ti-vi-ser, Blandine préfère penser à la conversation qu'elle a eue avec le 20 minutes-man. A la une, l'article sur la décision du gouvernement à interdire complètement la consommation de tabac, en tout lieu, à toute heure, faisait sourire Blandine qui se tordait le cou pour déchiffrer quelques phrases de l'article que tenait son voisin d'en face.  Ce dernier, qui l'avait vite remarqué, l'avait regardé amusé et lui avait lancé : « Ils ont de l'espoir.

-          Oui ! Mais au moins c'est radical et c'est pour le bien de tous. Les fumeurs seront en meilleure santé et leur porte-monnaie aussi ; et les non-fumeurs ne seront plus dérangés.

-          Oui sauf que c'est impossible d'appliquer une loi pareille. »

Puis, en attendant que le réseau se rétablisse ils se sont demandés comment les politiciens pourraient s'y prendre pour empêcher les gens de fumer.           

 

Là c'est bon, Blandine est juste devant les portes de l'ascenseur, immanquablement elle y rentrera.  Elle monte accompagnée d'Elise, la collègue avec qui elle traduit le roman d'un jeune auteur britannique. Trois hommes les suivent.  Destination : cinquième étage. L'ascenseur s'élance, trébuche et s'arrête. « Oh ben non, se mit à râler Blandine, après le tramway, l'ascenseur, on ne veut pas que j'aille travailler aujourd'hui ? Il fallait me le dire, je serais volontiers restée sous la couette ! » Les quatre autres occupants sourient à l'unisson. L'homme au costume gris dit : « Moi, si j'avais su, j'aurais pris le temps de me garer correctement à l'école des enfants, ça m'aurait éviter une contravention.

-          Ah c'est pas de chance ça, répond Blandine, pas du tout compatissante. Non mais c'est pas drôle là, il faudrait peut-être enclencher l'alarme qui est juste là. J'appuie ? demande-t-elle à son entourage.

-          En tout cas c'est ce que font les acteurs dans les films, dit Elise accroc au petit écran.

-          Oui sauf qu'en général l'alarme ne marche pas dans les films, rétorque Blandine.

-          C'est vrai, ajoute l'homme au costume noir, mais ça ne marche pas parce qu'il n'y a plus d'électricité, alors que là, on a encore la lumière. 

-          Alors j'appuie. »

Blandine enfonce doucement le bouton et la lumière s'éteint brutalement.

-          Oups, fait-elle. Eh bien voilà, on n'a plus d'électricité.

-          Pfff, vous avez tout gagné vous !

-          Oh mais calmez-vous Grincheux, j'ai mon portable magique, je vais appeler un beau pompier qui nous sortira de là avec ses collègues. Et puis, je vais prévenir mon patron aussi. »

 

« Clap », Blandine referme son téléphone, les pompiers arrivent, le patron va les accueillir. « Voilà, fait-elle, ils disent qu'ils vont arriver dans dix minutes, nous verrons bien, je vais surveiller l'heure. Bon, en attendant, si on chantait. »

Avant même que l'un des passagers de la boîte en métal ne réponde, ou ne réagisse, Blandine reprend : «  Oh c'est pas grave, c'est moi qui vais chanter, j'aime autant. Allez, dites-moi ce que vous voulez entendre ?

-          Du silence, répond l'homme au costume bleu marine, rebaptisé Grincheux par la jeune femme.

-          Ah désolée je ne connais pas cette chanson, tac o taque-t-elle. Allez Elise, dis-moi, qu'est-ce que tu veux que je chante ? 

-          Euh, « L'Aigle noir » d'Edite Piaf, fait-elle enthousiaste.

-          Trop bien, bon choix ! Alors, attends que je retrouve l'air... »

Blandine se remémore les paroles, les parle, les murmure, les chante doucement, incertaine, et finit par trouver l'air. Elle chante alors avec tout son souffle et toute sa voix, la chanson mythique. Après plusieurs strophes chantées, elle récolte les applaudissements de l'homme au costume gris, de celui au costume noir et d'Elise. Quant à Grincheux, il n'a qu'une grimace à offrir, mais dans le noir Blandine ne la voit pas, elle n'entend que les félicitations. L'homme à la contravention demande alors : « Est-ce que vous pouvez nous chanter « Au soleil » de Jenifer, à défaut d'avoir de la lumière ?

-          Oh ma chanteuse préférée, ah ça oui, je peux vous la chanter du début jusqu'à la fin même !

-          Oh misère, ronchonne Grincheux.

-          Je pensais bien que ça allait vous plaire, glisse-t-elle. »

Et voilà Blandine en train de chanter « Au soleil » en son entier. Les applaudissements se font plus sonores et encore plus enthousiastes jusqu'à ce qu'une voix finisse par les interrompre : « Eh bien il y a de la joie par ici. Ca change des angoisses des claustrophobes. » Aussitôt l'interprète a le réflexe de répondre en chanson : « Y a d'la joie... 

-          Oui enfin ne bougez pas trop non plus dans l'ascenseur, on ne sait pas trop dans quel état il est.

-          Vous êtes le pompier ? demande la jeune femme.

-          Oui, avec quelques collègues.

-          Dites donc, vous avez dépassé les dix minutes pour venir.

-          A non madame...

-          Mademoiselle !

-          Très bien, Mademoiselle... nous sommes arrivés au bout de dix minutes à l'entrée de l'immeuble. Il nous fallait ensuite arriver au bon étage.

-          Mouais, bon d'accord. Et, qu'est-ce qu'on doit faire là ?

-          Vous taire, aboie Grincheux.

-          Mais soyez plus polis, enfin, grâce à cette demoiselle on a passé un bon moment, rétorque l'homme à la contravention.

-          Parlez pour vous, est la réponse.

-          Bon écoutez-moi, fait le pompier, je vais vous demander de rester où vous êtes, de ne pas bouger, de ne pas changer de place pour ne pas courir le moindre de risque. Vous allez sentir bouger l'ascenseur mais ne craignez rien, c'est nous qui le ferons bouger. Vous êtes entre deux étages. »

Tout le monde obéit, plus personne ne bouge, aucune langue ne frétille, même pas celle de Blandine. Tous sont attentifs au moindre grincement, à la moindre secousse. Bientôt, le pompier revient et les informe : « Bien, euh, en fait on ne peut pas faire bouger l'ascenseur. On l'a sécurisé, pour être sûr qu'il ne se détache pas. Maintenant on va ouvrir les portes et vous allez devoir vous glisser dans l'espace qu'il y aura entre le haut des portes et le sol de l'étage. Voilà, donc attention aux oreilles ça va faire du bruit. » Dès les premiers coups de marteaux, ou que sais-je encore, Blandine se protège les oreilles, et dès qu'elle perçoit un certain rythme dans les coups donnés, elle le suit par des hochements de tête.

 

L'ouverture est maintenant assez large mais étroite en hauteur. « Alors ça va bien là dedans ? Elle est où la chanteuse ? entonne le secouriste.

-          Sous votre nez mon cher, réagit aussitôt Blandine.

-          Enchanté « Mademoiselle », fit-il tout sourire. Ca vous dit de sortir maintenant ?

-          Ouep ! » La jeune femme regarde rapidement sa collègue. « Mais je crois qu'il vaut mieux faire  sortir Elise d'abord, elle n'a pas dit un mot depuis votre arrivée. Elise ? Allez viens, prends la main du pompier, il va te faire sortir de là.

L'homme attrape fermement les bras d'Elise, Blandine aidée de l'homme à la contravention, la soulève par la taille et en deux temps et ces trois mouvements, la collègue est sortie de l'ascenseur. C'est ensuite au tour de Blandine qui est soulevée par l'homme à la contravention et l'homme au costume noir. « Ah c'est quand même mieux quand il y a de la lumière et de l'espace ! fait-elle une fois les pieds posés sur un sol plus ferme. Moi de même, Monsieur le pompier, enchantée » ajoute-t-elle en serrant la main de son sauveteur, sans oublier de lui sourire largement. Puis elle se penche et lui chuchote à l'oreille : « Faites sortir en dernier le gars au fond de l'ascenseur qui porte un costume bleu marine, il a été odieux avec moi » Les deux personnes s'échangent un regard complice. Grincheux sort le dernier de l'ascenseur. Comme personne ne peut le soulever, les pompiers ont un peu plus de mal à le faire sortir. Les efforts de Grincheux sont tels, que son visage se crispe en une grimace que Blandine n'avait encore jamais vue. Elle éclate alors de rire. Une fois hors de la boîte métallique, il ronchonne de plus belle. La jeune femme se contente de glousser, discrètement, autant que possible.

Les cinq compagnons en cercle, entourés des pompiers, se sourient. Malgré tout, cette mésaventure n'était pas désagréable. Ces personnes s'étaient sûrement croisées plusieurs fois dans l'immeuble ou dans le tramway sans se connaître. Désormais elles se reconnaîtront.

 

« Bon eh bien, je vois que vous allez bien mesdemoiselles, fait le patron de Blandine et d'Elise, vous allez donc pouvoir rejoindre votre bureau ! »

Avec une légère grimace et un haussement d'épaule, la première jeune femme tourne les talons et commence à traîner les pieds vers sa journée de travail, lorsqu'il continue : « En plus vous allez pouvoir commencer votre entretien avec Monsieur Grinchouard dès maintenant, à moins que vous ne l'ayez déjà fait dans l'ascenseur. »

Par intuition, l'air craintif, Blandine se tourne vers l'homme au costume bleu marine. Pas de doute, c'est lui son rendez-vous, c'est lui que le patron désigne. « Grincheux, Grinchouard, je n'étais pas loin », se dit-elle.

 

  C.R Papillonne

 

Par Pom&Papillone - Publié dans : Blandine l'irrésistible
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Dimanche 28 septembre 2008

Blandine l'irrésistible

Episode 2

« Ce que femme veut... »

 

              Comme chaque matin le réveil est difficile.  Le prince de notre belle au bois dormant a depuis longtemps commencé sa journée, et notre princesse feigne de ne pas entendre son cauchemardesque réveil en se terrant sous une pile d'oreillers. Rien à faire, la monstrueuse machine n'en fait qu'à sa tête  et hurle aux tympans de la belle endormie qu'il est grand temps de quitter le monde des contes de fées.

 

               08h15, Blandine pose un pied à terre, le droit bien sur, et d'un effort remarquable quitte son royaume douillé fait de plumes et d'oreillers. Tel un zombie elle répète machinalement chaque geste monotone d'un quotidien des plus humains. Elle arrive ainsi dans la salle des tortures où l'on peut entendre un : « miroir, mon beau miroir  dis moi qui est la plus belle ce matin? » et  comme chaque matin, l'objet qui réfléchit sans réfléchir, n'ose pas répondre à sa gracieuse maîtresse qui dans un accès de colère pourrait s'attirer sept ans de malheur, en apprenant la réponse de ce dernier. La matinée commence lentement et après un : « un jour mon prince viendra » entonné sous tous les airs mais jamais avec les bonnes notes, Blandine sort de sa douche chaude et  prend son courage à deux mains pour entrer dans la cuisine. A cet instant, d'un coup de baguette magique, elle se dit qu'avant d'être princesse, Cendrillon faisait le ménage. Eh bien, elle se contentera d'être une princesse qui prendra son thé dans la première tasse propre qu'elle trouvera, au diable le ménage, aujourd'hui elle a d'autres chats à fouetter. En effet cette après midi, à l'heure du déjeuner, un important rendez vous l'attend sur son lieu de travail. Une nouvelle traduction d'un roman qui fait déjà fureur outre Atlantique, d'un jeune auteur qu'elle ne connaît absolument pas, mais peu lui importe, à part qu'il soit beau, agréable et séduisant. Le pus important pour Blandine est de décrocher ce contrat à la place d'Héloïse Dumachais, son éternelle rivale depuis qu'elle est rentrée dans cette maison d'édition. Héloïse Dumachais, blonde, forte poitrine, vingt-cinq ans, les yeux bleus, tailleur toujours impeccable : un vautour pour Blandine mais une colombe aux yeux du monde. Tout n'est qu'un prétexte à la concurrence entre les deux jeunes femmes, ouvrant un véritable championnat de coups bas dans la maison d'édition Write&love. Un marathon qui a commencé par qui fera la meilleure traduction, puis par qui portera la plus belle tenue, la plus jolie coiffure, les plus beaux ongles, la grosse poitrine... Une course poursuite à celle qui dira bonjour en premier à Baptiste qui tient l'accueil, à celle qui offrira un café au patron avant l'autre, à celle qui finira en premier  son repas et enfin à celle qui aura les jambes épilées le plus longtemps... Cette rivalité est bien connue par tous les collègues de notre jeune traductrice et  d'ailleurs elle soupçonne même son macho de patron d'avoir  proposé ce contrat à Héloïse pour pouvoir les voir se déchirer devant lui. Il paraît que les hommes adorent voir les femmes se battrent entre elles, et cela ne dérange  pas du tout Blandine de s'imaginer une Héloïse en haillon et totalement décoiffée. A cet instant la tranche de brioche qu'elle tenait entre ses mains passa de vie à miette. Le repas d'affaire est prévu à midi et demi. Cette fois-ci, Blandine prendra sa voiture, hors de question de prendre le tramway et encore moins de prendre l'ascenseur une fois arrivée, surtout si c'est pour voir se dérouler le même scénario catastrophe que la dernière fois. Blandine a tout prévu afin de ne pas arriver en retard, c'est ainsi qu'elle se lève pour aller se préparer en vue de la bataille à venir contre les forces du mal.


            Midi tapante : heureusement aucun bouchon n'a retardé Blandine, une blandine qui s'est mise sur son trente et un et qui passe triomphante la porte du hall de verre. Quand une femme veut quelque chose, elle met tous les moyens à sa disposition pour l'obtenir et notre princesse n'échappe pas  à cette règle. Le seul souci pour elle est que son adversaire est également...une femme. C'est alors qu'Héloïse apparaît à l'autre bout du hall d'entrée, superbe elle aussi. Les deux femmes séparées par dix mètres de haine réciproque font le même chemin en parallèle jusqu'à l'escalier pour s'échanger un bonjour mielleux pour l'une, et glaciale pour l'autre. Tout le personnel de Write&love peut admirer dans ses couloirs un défilé de mode militaire tant les deux jeunes femmes avancent au même rythme, au même pas rigide mais dans une tenue et une toilette des plus élégante. Elles arrivent, donc, en même temps devant la grande porte de marbre de la salle de réception des invités. Aucune des deux ne veut l'ouvrir, cédant ainsi, le premier point à son adversaire. C'est donc leur patron, sourire en coin qui en dit long, qui doit leur ouvrir en grand les portes pour qu'elles puissent entrer toutes les deux en même temps. Le grand spectacle comique sans entracte  va débuter pour ce dernier. Une fois lorsque Blandine est installée à côté de sa détestée rivale, dans le même instant le directeur invite à entrer un séduisant jeune homme au sourire dévastateur. Blandine tourne la tête vers Héloïse et elle comprend qu'il n'y aura pas que ce sourire qui sera dévastateur. Quand une femme veut quelque chose elle est prête à tout nous l'avons dit, mais quand il s'agit d'un homme, il vaut mieux pour ce dernier courir se mettre à l'abri. Après de brèves présentations entre le jeune auteur et les angéliques demoiselles, les trois coups sont frappés. Une fois tout ce petit monde installé, la pièce peut commencer. Inutile de préciser à notre lecteur que l'intégralité du repas se déroula  dans la langue de Shakespeare et que la scène qui va suivre a été  entièrement traduite par nos soins. C'est Blandine qui commence les hostilités : « Je suis vraiment enchantée de faire votre connaissance, j'ai tellement entendu parler de vous.

-         Oh oui moi aussi, réplique aussitôt Héloïse, j'ai lu et adorée toutes vos œuvres.

-         C'est pourtant ma première, répond avec un léger sourire le jeune écrivain. »

Cette réplique a pour effet de faire s'étrangler Héloïse avec la tomate qu'elle allait avaler et de faire s'engouer Blandine avec le verre d'eau qu'elle buvait. Leur premier assaut n'aura donné de point à personne mais le ton du repas fut est donné. Le jeune auteur a eu droit au grand jeu de ces dames qui n'ont cessé à la fois de le charmer et de dissiper les charmes de sa voisine. Les entrées furent sont modestes, pour le plat principal Héloïse clame tout haut que Blandine fait  beaucoup plus vieille que son âge et qu'elle va bientôt se marier et sans doute avoir un enfant au rythme où vont ses ébats sexuels et que tout cela tient du miracle vu la piètre personne qu'elle est. La principale intéressée rétorque alors qu'elle n'a rien contre l'homosexualité et qu'Héloïse n'a pas à cacher qu'elle est lesbienne. Cette fois-ci, Héloïse s'étouffe avec un morceau d'entrecôte. Le dessert a remporté la palme des coups bas et l'on ne sait pas si le directeur aura préféré le délicieux gâteau préparé pour l'occasion, ou le moment où Héloïse a annoncé que Blandine aimait  pratiquer le sadomasochisme et que cette dernière lui a renversé, par inadvertance, la totalité de la cafetière remplie d'un café corsé et bouillant sur le tailleur; ce qui a dispensé par ailleurs toute la tablée d'une tasse de café.


            Inutile de préciser que le jeune auteur est passé par toutes les couleurs au cours du repas, du blanc au pourpre, en passant par le rouge tomate lorsqu'Héloïse lui a fait du pied  et lorsque Blandine voulant arrêter le manège de sa collègue lui a donné un violent coup de pied, mais non  pas à Héloïse, mais à notre malheureux anglophone. L'erreur est humaine. Inutile de préciser que ni Blandine, ni Héloïse n'a eu à travailler sur la traduction après ce déjeuner-spectacle  qu'elles ont offert à leur patron. Enfin, inutile de préciser que Personne n'a eu à effectuer la traduction, l'auteur ayant préféré une maison d'édition beaucoup plus...calme. C'est ainsi que Blandine est rentrée chez elle après cette journée courte mais intense et que Yann s'est retrouvé avec un plat de nouilles froides sur la tête quand il a dit à sa chère et tendre qu'elle ne savait pas garder son sang froid.


            Quand une femme veut quelque chose elle est prête à tout. Lorsqu'il s'agit en plus d'un homme simplement par concurrence féminine, tous les coups sont permis. Mais quand une femme a usé de tous ses charmes et qu'elle a déployé tant d'énergie sans obtenir l'objet de ses désirs, c'est à dire supplanter une rivale, il est alors conseillé à leur mari de ne pas émettre leur avis ou des remarques sous peine de se retrouver avec le repas du soir sur la tête. Qui a dit : «  Ce que femme veut, Dieu le veut » ?

 

P.N Pom'

 

Par Pom&Papillone - Publié dans : Blandine l'irrésistible
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